Biographie de Thierry Breton, second candidat français au poste de Commissaire européen

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Agé de 64 ans, ingénieur de formation, ancien Ministre de l’Economie et des Finances, Thierry Breton est surtout un dirigeant d’entreprise reconnu et respecté au-delà des frontières françaises et européennes. Il a été nommé à la tête de plusieurs grandes entreprises françaises de l’informatique et des télécoms dans des opérations de sauvetage de la dernière chance, qu’il a plutôt bien menées.

Il a également réussi à hisser Atos, qu’il dirige depuis une dizaine d’années, parmi les principaux acteurs du marché numérique en Europe. Il est ainsi familier des problématiques liées aux infrastructures et aux services numériques. Engagé en politique auprès de leaders de la droite chrétienne-démocrate, il est un défenseur d’un recours limité à la dette par les Etats et un partisan d’une Europe conquérante sur le plan économique.

Ces dernières années, il a été un des fers de lance des patrons français et européens dénonçant la domination des entreprises américaines et chinoises, plaidant pour un retour à des politiques privilégiant les entreprises françaises et européennes. Il a notamment appelé à un « Schengen des données » pour une libre-circulation des données mais uniquement à l’intérieur des frontières de l’Union Européenne.

Il est aussi connaisseur des enjeux européens dans ces domaines et du fonctionnement des institutions bruxelloises. Bien que ne faisant pas partie du cercle des proches du Président Macron, il lui a apporté son soutien en 2016 et bravé les reproches de sa famille politique, alors que la droite avait porté son choix sur un candidat qu’il jugeait éloigné de ses convictions politiques.

Né en 1955 à Paris, Thierry Breton a étudié à l’Ecole alsacienne et au Lycée Louis le Grand, qui font partie des établissements scolaires les plus prestigieux en France. En 1979, il obtient son diplôme d’ingénieur à l’Ecole supérieure d’électricité (Supélec).

Il débute alors sa carrière comme professeur d’informatique et de mathématiques au Lycée français de New York mais décide en 1981 de fonder sa propre entreprise « Forma Systems », spécialisée dans l’ingénierie informatique, qu’il dirigera pendant 5 ans.

En 1986, il quitte New-York et la direction de son entreprise pour rejoindre son mentor en politique René Monory (plusieurs fois ministres entre 1977 et 1988 et ancien Président du Sénat) et se consacrer, en tant que chef de projet, à la création d’un parc d’attraction tourné vers les nouvelles technologies et l’audiovisuel, le Futuroscope. Il contribuera notamment au développement de la partie « aire d'activités technologiques » qui deviendra le Technopôle du Futuroscope.

Entre 1986 et 1992, il est élu comme Conseiller régional (divers droite) de Poitou-Charentes et rejoint l’équipe exécutive du Président Jean-Pierre Raffarin, en tant que Vice-Président. En parallèle, de 1986 à 1988, il est le Conseiller de René Monory, alors Ministre de l’Education nationale, pour les questions liées à l’informatique et aux nouvelles technologies.

A la fin de la mandature, il repart en région Poitou-Charentes pour prendre la direction de la Société d'économie mixte pour la gestion du téléport de Poitiers.

En 1990, il renoue avec l’expérience entrepreneuriale et devient Directeur général du groupe CGI, société d’analyse de systèmes et d’ingénierie informatique.

C’est à ce titre qu’il sera chargé, en 1993, d’une mission sur le télétravail à la demande du Premier ministre (RPR) Edouard Balladur. Il rédige alors deux rapports : Le télétravail en France (1993) et Les Téléservices en France (1994).

Sa carrière dans les technologies de l’information se poursuivra chez Bull en 1993 où il restera quatre ans. Il sera d’abord nommé directeur de la stratégie et du développement puis directeur général adjoint. En 1995, alors âgé de 40 ans, il accède au Conseil d’administration de l’entreprise et en devient le véritable dirigeant en tant qu’administrateur délégué. En proie à de grandes difficultés, il parviendra à redresser l’entreprise, au moins temporairement, notamment par la fusion de la branche microinformatique avec l’entreprise américaine Packard- Bell.

C’est une entreprise d’une toute autre envergure qu’il est appelé à sauver en 1997 lorsque le Gouvernement le nomme à la tête de l’entreprise de produits digitaux Thomson qui est alors au bord de la faillite. Pendant cinq ans, il opère des repositionnements stratégiques qui permettront à l’entreprise de redresser son chiffre d’affaires et à l’Etat de progressivement se désengager d’une entreprise qu’il avait recapitalisée à hauteur de 11 milliards d’euros quelques années plus tôt.

Au début des années 2000, il est appelé au chevet du groupe public France Télécom. Au cours des cinq années passées à sa tête, il commence par désendetter l’entreprise qui, à son arrivée, avait une dette de 70 milliards d’euros. C’est sous son pilotage que l’entreprise se lance, avec succès, sur le marché de l’internet à haut puis à très haut débit et sur le marché de la téléphonie mobile. Il achève aussi la privatisation du groupe, entamée près de 10 ans plus tôt et qui devient alors Orange, sans que cela ne déclenche d’hostilités politiques ou sociales en interne.  

Durant ce mandat, il est chargé d’une mission sur la cybersécurité par l’ancien Ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin.

En 2005, Jean-Pierre Raffarin, alors Premier Ministre depuis 3 ans, l’appelle au Gouvernement comme Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, succédant ainsi à Hervé Gaymard, contraint de quitter le Gouvernement. Il sera maintenu à cette fonction quelques mois plus tard par le nouveau Premier Ministre Dominique de Villepin.

Il y a fait voter une loi pour « moderniser l’économie », soutenant l’accès des PME aux marchés financiers, encourageant la recherche et promouvant l’intéressement des salariés aux résultats de l’entreprise. Il est aussi l’un des premiers à placer l’« économie de l’immatériel » au cœur des priorités du Ministère de l’Economie et des Finances. Ayant lui-même dirigé des entreprises placées sous la tutelle de son ministère, il sera, à sa demande, déchargé des dossiers sur lesquels il pourrait être en conflit d’intérêts.

A la fin de cette expérience ministérielle en 2007, il quitte la France pour aller enseigner pendant près de 2 ans à la Harvard Business School, comme professeur titulaire du cours : « Leadership and corporate accountability ».

Il revient en France en 2008 pour prendre la direction de l’entreprise de services numériques Atos. A sa tête, il mène à bien l’acquisition de Siemens IT Solutions & Services en 2011, celle de Bull en 2014 et celle de Xerox ITO en 2015, permettant ainsi l’entrée du groupe au CAC 40 en 2017. Au cours de son mandat chez Atos, il aura doublé le chiffre d’affaires du groupe.

Pendant cette période, il a aussi œuvré en faveur de projets européens, comme le Partenariat européen en faveur de l’informatique en nuage (European Cloud Partnership). Il contribuera aussi aux réflexions de la Commission européenne dans le domaine de l’Open Cloud.

En 2016, il lance une initiative pour créer un fonds européen de sécurité et de défense (FESD) à la fois pour répondre aux menaces stratégiques mais également à l’endettement européen. C’est à cette occasion qu’il fait la connaissance de l’actuelle Présidente-désignée de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui était alors la Ministre allemande de la Défense. Thierry Breton s’est également engagé en faveur du développement en Europe de supercalculateurs capables de rivaliser avec la Chine et les Etats-Unis.

Fidèle à son engagement politique de centre-droit, il soutient l’ancien Premier Ministre (UMP) Alain Juppé lors des primaires de la droite et du centre en 2016. Ce dernier n’ayant pas été désigné comme le candidat de sa famille politique à la présidentielle, il soutient alors Emmanuel Macron qu’il juge être le plus proche de ses convictions politiques, à l’instar d’une partie du centre-droit. Il reste aussi fidèle à l’ex-Président de la République Jacques Chirac en déposant, avec l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, un dossier auprès du Comité Nobel visant à faire reconnaitre l’action de Jacques Chirac en faveur de la paix.

Thierry Breton est l’auteur de nombreux ouvrages de science-fiction.

Il a aussi été primé à de nombreuses reprises pour ses qualités de dirigeant d’entreprises. En 2017, il est classé parmi les « 100 patrons les plus performants au monde » par la Harvard Business Review (52ème position). Il est à ce jour le seul patron français à avoir été distingué deux fois par la revue (en 2010, il l’avait été pour son mandat à la tête du groupe France Télécom).

Positions de Thierry Breton sur le numérique :

  • Thierry Breton a été membre du comité de pilotage de l’European Cloud Initiative (une initiative lancée en 2012 par la Commission européenne visant à encourager le secteur public à acheter des solutions cloud). A ce titre, il a défendu la création d'un espace de libre circulation des données au sein de l'Union européenne, baptisée "Schengen des données", dont il exclut in fine les entreprises américaines.
  • Il a souvent fait référence à l'affaire Snowden pour souligner le besoin d'une offre de cloud computing européenne. Il a cependant nuancé son propos à maintes reprises afin d'éviter toute remise en cause de l’activité d’Atos sur son marché principal, les Etats-Unis.
  • Thierry Breton a été impliqué dans plusieurs initiatives du Gouvernement visant à développer un « cloud souverain ». Il est cependant apparu plus en retrait du sujet ces derniers temps, notamment après les dernières tentatives du Ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire de relancer le projet. Cette prudence s’explique sûrement par les échecs successifs du Gouvernement à créer une offre cloud française.
  • Avec Thierry Breton à sa tête, Atos a progressivement renforcé sa visibilité en tant que société capable de contribuer aux réflexions sur les politiques publiques en France et au niveau européen. La société participe également régulièrement à de grands projets de recherche financés par la Commission européenne dans les domaines de l'informatique quantique et du cloud computing notamment, et répond à des appels d'offres publics en France.