Le Premier ministre François Bayrou a finalement tranché : il avance l’appel en convoquant une session parlementaire extraordinaire à partir du 8 septembre – alors que la reprise de la session parlementaire était jusque-là prévue pour le 22 septembre – avec pour seul ordre du jour l’engagement de la responsabilité du Gouvernement sur les grandes orientations budgétaires pour 2026.
La date n’est pas choisie au hasard : un appel à la mobilisation est parti des réseaux sociaux et a été repris par la quasi-totalité des oppositions politiques pour un blocage du pays le 10 septembre, avec en filigrane la crainte d’un mouvement type Gilets jaunes.
Au regard des discussions de cet été et des prises de position politiques, le Premier ministre a pris acte de la quasi-impossibilité de ne pas être renversé lors de la discussion parlementaire des textes budgétaires de l’automne. Il a donc pris l’initiative du calendrier et probablement de « quitter avant d’être quitté ». En effet, le scénario quasi-certain est qu’il n’obtienne pas la confiance et soit renversé le 8 septembre. Il mourra donc au champ d’honneur en pouvant se prévaloir d’avoir refusé la démagogie d’un budget contraire à ses convictions et aux intérêts du pays.
Plus précisément, la confiance requiert une majorité absolue des suffrages exprimés (l’échelle est moins haute que pour l’adoption d’une motion de censure). Le bloc politique dont est issu la coalition gouvernementale ne représente qu’un tiers des voix à l’Assemblée nationale. Or l’ensemble des oppositions politiques, toute la gauche ainsi que l’extrême-droite, ont déjà annoncé qu’ils ne la voteraient pas.
Si la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée nationale n’est toujours pas l’hypothèse la plus probable, le Président de la République pourrait s’y résoudre et faire le pari d’une victoire du Rassemblement National (RN) aux prochaines élections législatives. On entrerait alors dans une période de cohabitation avec une majorité claire, ce qui serait pour lui un moyen de finir son mandat de manière moins chaotique qu’en cas de maintien d’absence de majorité parlementaire et de situation de blocage récurrente. Mais le pari est risqué, comme l’ont montré le résultat des élections de juillet 2024.


